magda interview
L’actualité chaude de Magda et l’ouverture de son label Items & Things m’a refait songer à cette longue interview qu’elle m’avait accordé pour Trax en novembre 2009, où elle m’annonçait déjà son émancipation du géant M_Nus. Elle n’a jamais été publiée avec le changement d’équipe et son propos étonne peu a posteriori tant Magda incarne déjà à ce moment une autre idée, absente de l’univers tout masculin, tout robot du label : un idéal de tempérance, d’ouverture et de modestie, qu’elle doit certainement au statut de second couteau, auquel on l’a trop rapidement cantonné. Abonnée aux premières heures de la nuit, elle a progressivement charpenté pendant ses sets, sous l’armature froide et métallique du sound-design de M_nus, un style qui croise techno, funk et disco -assez ludique pour s’être depuis fait un nom propre à placer en tête d’affiche. On l’a rencontré à ce moment crucial où elle se distanciait justement des grands noms qu’elle a toujours soutenu pour faire le point sur le chemin parcouru.
On va remonter un peu loin, mais peux-tu nous dire un peu comment ça a commencé, la techno pour toi ?
Magda : Je suis née en Pologne et ai déménagé aux Etats-Unis à 9 ans, d’abord au Texas et deux ans plus tard, en plein Detroit. Ca a été un vrai choc culturel d’atterrir au beau milieu de ces friches industrielles, et je dois dire que je n’aimais pas trop l’endroit, avant d’en découvrir la musique. D’ailleurs, avant même la techno, j’écumais plutôt les concerts et clubs indie, jusqu’au jour où on m’a tendu un flyer pour une soirée dans un loft qui était juste en bas de chez moi. J’y suis allée sans avoir vraiment idée de la musique, mais ça ne m’a demandé trop de temps pour l’aimer et me laisser absorber par elle ! C’est là que j’ai commencé à acheter des vinyles, parce que les musiques électroniques n’étaient jamais disponibles que sous ce format. A aucun moment, je n’avais vraiment envisagé être disc-jockey – je me voyais plutôt dans le graphisme. Mais c’était amusant de jouer avec l’idée. J’avais juste une paire de platines à courroie vraiment horrible et un tout petit mixer, mais c’était bien assez pour donner à mon voisin l’envie de me tuer à force de m’entraîner sur les 5 mêmes morceaux !
Ca donnait quoi les soirées à l’époque ?
M : Quand j’ai commencé à sortir un peu, la scène était relativement restreinte, avec une soirée toutes les deux-trois semaines, dans des lofts, des hangars ou bien même des bars locaux. Ce que j’aimais bien, c’est qu’on pouvait facilement avoir accès à différents types de musique électronique. Je pouvais aussi bien aller voir une soirée Underground Resistance dans un hangar qu’un set de Moodymann dans un loft ou entendre Le Car dans un tout autre type d’endroit. Même si ces artistes ont des styles très différents, ils avaient tous en commun cette esthétique qui n’aurait pu émerger qu’à Detroit.
J’imagine que ça n’a pas dû être évident de se frayer un chemin parmi tout ce monde…
M : En fait, je n’ai commencé le DJing que bien des années après. D’ailleurs, avec le recul, je crois que je n’aurais pas vraiment dû me lancer aussi tôt parce que je n’étais pas tout à fait prête, mais des gens voulaient me booker parce que j’étais une fille et ça leur paraissait nouveau. Il m’a fallu travailler davantage pour gagner en crédibilité, mais au final, cette considération s’est peu à peu dissipé et la musique a repris la place qui lui était due.
Et la rencontre avec Richie Hawtin, ça s’est passé comment ?
M : A l’époque, on avait surtout des amis communs, et on se retrouvait parfois aux mêmes soirées. Et puis il m’a d’abord proposé une résidence hebdomadaire dans son bar 13 Below, à Windsor (Canada), de l’autre côté du fleuve, avant de m’inviter à ouvrir pour sa soirée Epok. J’étais extrêmement nerveuse ce soir là, mais finalement, c’est ce qui a fait décoller les choses, et on a commencé à tourner ensemble.
C’est plutôt étonnant de voir une collaboration tenir aussi longtemps, avec toi en ouverture de ses sets. Ca tient à quoi, tu penses ?
M : Je pense qu’on se complète plutôt bien. L’ouverture me laisse libre d’expérimenter pendant les premières heures et d’installer une atmosphère confortable pour les sets de Richie, qui sont généralement plus lourds et plus rapides. Je me démarque du coup avec un groove plus lent, et plus left-field.
J’imagine aussi que se placer en warm-up d’un DJ aussi populaire a dû te sensibiliser plus que nul autre aux réactions des différents publics à travers le monde…
M : Oui, c’était sûrement la leçon la plus dure que j’aie eu à apprendre ! Lors de ma première tournée européenne avec Richie, on a joué dans plein de pays différents et j’ai été projeté dans plein de situations inédites, où il faut réagir rapidement et s’adapter à l’atmosphère. J’ai notamment le souvenir de gigs en Espagne et au Portugal où le public adore quand ça joue fort et rapide, ce qui n’est pas du tout mon son, mais bon, ai-je le choix quand le set me précédant tourne à 140bpm ? Il faut pouvoir s’adapter sans renier son style propre, et montrer assez de ressources créatives pour parvenir à trouver quelque chose qui fonctionne. Cette tournée a été tellement éprouvante que je me voyais bien tout arrêter, mais j’en ai finalement tiré une des meilleures leçons en tant que DJ : être sensible à l’environnement et surtout ne pas jouer que pour moi-même.
Ton style a t-il changé, du coup ?
M : Oui, forcément, avec les années, les goûts et le style changent… Je pensais en avoir fini avec l’acid house, mais je me suis mis à en réécouter là, 8 ans après. Et puis quand tu te déplaces géographiquement aussi, ça change. M’installer à Berlin a vraiment fait progresser mon style. Je me focalise maintenant beaucoup plus sur la construction d’un groove, avec de bonnes lignes de basse. J’essaie de gagner en patience, en langueur et surtout de ne pas trop m’éparpiller.
La technologie joue t-elle aussi un rôle là-dedans ?
M : Bien sûr, même si personne ne l’exploite de la même façon. J’ai aujourd’hui plutôt tendance à ne pas trop compliquer les choses en abusant de ses ressources. Pour l’instant, je me satisfais très bien de Traktor et de ma pédale de delay Eventide. Peut-être vais-je aussi me tourner vers Maschine. Je ne tiens pas à superposer trop de morceaux, au risque de sonner trop confuse, mais j’aime bien l’idée de pouvoir jeter un ou deux de mes sons par dessus, ça rend les choses beaucoup plus excitantes !
Il y en a qui ont beaucoup critiqué ce parti-pris chez M_nus justement, la course à la technologie, la superposition massive des tracks et leur découpage intensif. Comment tu te sens par rapport à tout ça ?
M : Il y a toujours du pour et du contre dans toute nouvelle technologie. C’est toujours déconcertant, si ce n’est effrayant quand tout progresse aussi rapidement. Mais je crois qu’il revient à chacun de s’adapter à ces changements. Certains rejettent totalement les technologies digitales et ne s’en tiennent qu’au vinyle, ce qui les rend heureux et fonctionne parfois très bien. D’autres vont chercher du côté de la technologie de nouvelles expériences soniques. Je n’ai aucun problème avec les deux approches, je tiens plus au rendu final : le plus important, c’est de donner aux gens quelque chose qui te correspond, peu importe la manière.
Fabric:49 détonne un peu en ce sens par rapport à She’s a dancing machine, ton précédent mix qui recyclait l’approche de Richie Hawtin et son utilisation intensive des micro-échantillons. Il est moins dense au niveau de la tracklist, mais plus étonnant en ce qui concerne les choix des morceaux et des atmosphères (avec Goblin, Yello, Hercules & Love Affair). C’est un style développé spécialement à l’occasion du mix, ou plus proche de ce à quoi on doit s’attendre à l’avenir ?
M : Je crois que j’ai toujours aimé propulser des éléments disco et electro sur un groove assez dark et une rythmique dépouillée. Ca fait un petit moment que je me suis lancé dans cette direction maintenant, je crois que c’est vraiment ce qui me plaît et me correspond le plus aujourd’hui.
Une façon comme une autre de se détacher du carcan « minimal » dans lequel on a enfermé les artistes M_nus ?
M : Non pas vraiment, d’ailleurs je pense que le terme a perdu son sens il y a un moment…
A savoir ?
M : Souvent, quand un genre devient populaire, on le retrouve vite saturé par un nombre incalculable de variations sur le même thème. A force d’utiliser à longueur de temps le même son, celui-ci perd en pertinence et en fraîcheur, et il viendra forcément le moment où les gens auront besoin de quelque chose de neuf. D’où son recyclage, quelques années plus tard. Aujourd’hui, on revient beaucoup à la house, mais le vent tournera de la même façon, sans pour autant que cela signifie que le genre ne soit plus bon. La seule chose que les gens attendent encore, ce sont des producteurs capables de repousser les frontières d’un style, et d’emmener les choses vers de nouveaux terrains plus excitants.
Sont-ce les contraintes du DJing qui t’ont fait faire le bond vers la production du coup (NDLR, sous le moniker Run Stop Restore, avec Troy Pierce et Marc Houle) ?
M : Non plus. J’aime toujours jouer des disques et plus spécialement éditer et retravailler des morceaux, mais cela reste les morceaux des autres. C’est une satisfaction et une excitation toute autre quand tu réalises quelque chose en ton nom propre.
Quels sont les producteurs qui t’inspirent aujourd’hui dans ce cas ?
M : Morgan Geist, définitivement. Les maxis de Metro Area sont intemporels, il a su garder une fraîcheur vraiment inspirante. J’aime aussi beaucoup ce que fait mon ami Heartthrob, qui assimile comme nul autre funk, disco, minimal et techno en les écrasant avec des sons vraiment tordus. Ses derniers sets sont un cirque un peu étrange de mélodies, je suis toujours à l’affût de ses nouveaux projets.
Quels sont les tiens à l’heure actuelle ?
M : Je travaille toujours sur mon album, ça fait un moment maintenant. J’ai aussi un side-project avec Heartthrob justement, Marv’n’J, qui mêlera performance live et DJing, tout en même temps. Sinon, j’aimerais bien développer Items & Things, le label que je gère avec Marc Houle et Troy Pierce. On s’est un peu détaché de M_nus cette année, ce qui nous laissera tout le loisir de sortir plein de maxi super excitants !
Preuve à l'appui, le dernier Danny Benedettini.
Danny Benedettini - Disco Hook (Original)
Labels: interview, items and things, magda
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1 Comments:
Ou est la tape de snpstr !!!!!
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